vétonat

11 février 2009 : journée de merde

             Quand vous êtes étudiant, on énumère tous les risques courus à l'anesthésie, même pour les actes les plus simples. Résultat, quand vous vous retrouvez à faire vos premiers remplacements, votre main tremble et votre coeur bat la chamade quand arrive le moment d'injecter le produit. C'est la bonne dose ? Le chien n'est pas d'une race particulièrement plus sensible qu'une autre aux effets de l'anesthésiant ? Et puis vous les enchainez ces anesthésies, vous les enchainez et tout se passe toujours bien. Il y a bien eu quelques accidents, mais prévisibles, chien très malade ou cardiaque, vous aviez pris soin d'avertir le propriétaire du risque. Vous entendez parfois de loin des histoires par les confrères ou les clients, des drames avec des morts qui n'auraient pas du être morts, pas si jeunes, pas pour une intervention si simple...

 

             Et ce matin Mr M. dépose sa petite chienne de 3 mois pour tatouage. Mr M. aime beaucoup cette petite chienne, c'est le cadeau qu'il s'est offert pour la retraite. Une belle chienne setter sympa comme tout et toute jolie. Voilà, je me retrouve avec la chienne et je dois me dépécher parce que pour une fois, ma matinée est bien chargée et j'ai bien du boulot derrrière. Donc ce sera protocole normal, anesthésie légère pour un acte simple. Bon, injection en intramusculaire quand même, parce que à cet âge là, un chien de chasse, ça se défend, alors la veine on oublie. Allez zou ! un petit tour au calme dans la cage le temps de s'endormir et on y revient...

 

               La petite chienne, elle aime pas être enfermée alors on l'entend protester. Et puis très rapidement, en 5 minutes le silence revient, on va voir si elle dort. Oui, elle ne bouge plus, elle ne repire plus non plus... Je regarde, elle n'est pas cyanosée, ouf, elle ne manque pas d'oxygène. Je la pose sur la table, je l'ausculte. Rien. Ou plutôt si, mon coeur bat si fort que je n'entends que lui, flute, c'est pas possible, je lache le stétoscope et prend le pouls, pas de pouls... Alors c'est la panique et le quart d'heure qui va suivre va nous voir nous agiter, intubation, ventilation, adré, massage, tout. Et puis ... rien...

 

            La chienne est morte, je n'ai pu rien faire et je culpabilise. Mais j'ai vérifié la dose, elle était plutôt sous dosée que sur dosée. Un autre protocole ? Avec celui-là je n'avais jamais eu de soucis et il n'est pas reconnu comme étant des plus à risque. Je téléphone à un copain véto, jamais vu ça... Le délégué responsable du secteur sur ce produit, oui, ça s'est déjà produit mais c'est très rare, pas plus de 3 ou 4 cas sur sa carrière. Bon, j'y suis peut être pour rien, mais en attendant, j'ai eu chatte à anesthésier pour stérilisation maintenant. Ouch ! Souffler un grand coup, zen ... et c'est reparti, sans encombre cette fois...

 

            Dès que j'ai eu un moment de libre, j'ai décroché la téléphone pour dire la mauvaise nouvelles à Mr M. Je l'appelle, 5 fois, 6 fois, pas de réponse, le téléphone sonne dans le vide. Je rappelle sur le temps de midi, dans l'après midi, pas de réponse. Pour moi la pression monte... 16 heures, l'heure du rendez-vous, Mr M. est à l'heure malgré la neige. Je revois son visage avenant et me souviens que je me suis toujours dit que c'est un client que j'aimais bien. J'annonce la mauvaise nouvelle, froidement mais avec tact. De toute façon il n'y a pas de bonne manière pour parler dans ce genre de situation. On aura eu beau répéter devant sa glace pendant des heures, faut se lancer et y aller. Mr M. est effondré, il pleure toutes les larmes de son corps et moi je le soutiens tant que je peux. Il veut voir sa chienne, la rigidité cadavérique a déjà fait son oeuvre. Il s'en veut, il n'aurai pas du la faire tatouer, il aurait du mettre une puce, il n'aura plus jamais de chien après ça et je le comprends, j'ai perdu une chienne à peine plus vielle que la sienne... Il décide de la reprendre, il va lui faire un cerceuil et l'enterrer dans le jardin.

 

               Voilà, il est sur le point de partir, moi je me sens mal mais au moins, je lui ai dit, je ne porte plus ce poids. Et là en sortant il me dit "je vous dois combien docteur ?" Rien bien sur ! Je n'ai même pas eu le temps de commencer le tatouage... Moi qui croyait me faire insulter, je n'en reviens pas. Mais pourquoi faut-il que ça lui arrive à lui ? C'est écrit, c'est comme ça, les malheurs ça n'arrive qu'aux braves et aux gentils ? Vraiment une journée de merde...

 

 

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11/02/2009
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